« Le modèle économique des écoles de commerce est en danger », selon Thierry Grange

Le modèle économique des écoles de management françaises est en « danger », selon Thierry Grange, directeur de Grenoble École de management. Leur manque de ressources engage leur avenir, et oblige à des « compromis de plus en plus difficiles ». Dans une interview à AEF (Jessica Gourdon), le directeur de Grenoble plaide pour l'investissement public dans ces établissements, afin de rétablir une « injustice », notamment par rapport aux écoles d'ingénieurs financées par l'État.

lundi 28 septembre 2009

« Le modèle économique des écoles de commerce est en danger », selon Thierry Grange

AEF : Vous vous inquiétez du modèle économique des écoles de commerce françaises. Pourquoi ?

Thierry Grange : La situation est grave. Le modèle économique des écoles de commerce françaises est en danger, car leurs moyens sont aujourd'hui largement insuffisants. Les frais de scolarité ne peuvent pas suivre l'inflation des besoins. Et dans le monde entier, l'enseignement supérieur public domine. Or, les écoles de commerce, qui nourrissent l'économie française, ne reçoivent pas un euro de l'État ! Et ce n'est pas la dotation de la chambre de commerce, qui à Grenoble représente 3 % de notre budget, qui change les choses. Par comparaison, le montant par étudiant dont disposent les universités est bien supérieur au nôtre !

AEF : Pourtant, les écoles de commerce françaises « marchent » bien, et sont reconnues à l'international...

Thierry Grange : Certes, dans le palmarès du « Financial Times », on compte de nombreuses écoles françaises (AEF n°101928). Mais ce sont également les plus pauvres de tout le classement ! Aujourd'hui, la réussite et la survie des ESC est un miracle. Cette performance exceptionnelle est un avatar de l'histoire.

AEF : Qu'appelez-vous « avatar de l'histoire » ?

Thierry Grange : Au milieu des années 80, il a été décidé que les écoles de commerce auraient un concours commun national, qui a remplacé les examens réalisés par chaque chambre de commerce. Du coup, l'école de Nantes est entrée en concurrence avec celle de Lyon ou Toulouse pour recruter les meilleurs. Cette compétition a dopé ces établissements, qui sont devenus des sportifs de haut-niveau sans en avoir les moyens. Nous arrivons aujourd'hui à la fin de ce cycle, car les compromis sont de plus en plus difficiles. Si le modèle ne change pas, il est possible que les écoles entrent dans une phase de déclin. Surtout à l'heure où de nombreux pays investissent bien plus que la France dans leur enseignement supérieur, notamment dans leurs business schools !

AEF : Du coup, que souhaitez-vous ?

Thierry Grange : Que l'on rétablisse la justice ! Regardez les écoles d'ingénieurs : l'Insa de Lyon a 5 000 étudiants, et 120 millions d'euros de budget. Idem pour l'INPG. Grenoble École de management, qui forme le même nombre d'étudiants, ne dispose que de 35 millions d'euros. Il est incroyablement injuste que les écoles de commerce n'obtiennent pas de subvention d'État ! Alors certes, nous nous en sortons. Mais quand nous nous battons à 1 contre 3 avec les écoles d'ingénieurs, nous ne pouvons pas gagner tout le temps.

AEF : La solution passe-t-elle par des regroupements d'écoles, à la manière du Ceram de Nice et de l'ESC Lille ?

Thierry Grange : Partager la misère n'est pas une solution. Et qu'on ne me parle pas d'économies d'échelles entre Lille et Nice ! Ces deux écoles avaient déjà atteint une forme de masse critique : cette fusion ne crée pas de ressources nouvelles.

AEF : Comment, dans la situation actuelle, l'État pourrait-il financer les écoles de commerce ?

Thierry Grange : Le modèle est à inventer. Je trouve qu'il serait intéressant de réfléchir, à l'instar de ce qui se fait en Scandinavie, à un système de « vouchers ». Chaque jeune aurait droit à 5 années d'études payées par l'État, sous forme de « bons », qu'il remettrait à son établissement. Dans tous les cas, il est important de passer à une logique de « vrais prix », où l'on affiche clairement ce que coûte une année de formation. Avec des ressources supplémentaires, les universités pourraient aussi être bien plus redistributives qu'aujourd'hui, et octroyer des bourses dignes de ce nom.

Source : AEF

Dépêche n°118721

Auteur : Jessica GourdonParis, Vendredi 28 août 2009

 

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Vos commentaires

Posté par Etudiant de Grenoble Ecole de Management le 23 novembre 2009 00:45:35

Bonjour M. Grange,

Suite à la lecture de votre article sur le modèle de financement des business schools et de l'article suivant sur la réforme des CCI (http://www.boivigny.com/Reforme-des-CCI-les-ecoles-de-commerce-craignent-pour-leur-financement_a650.html/), je souhaiterais savoir quelle est la position de l'école vis-à-vis de la CCI et quelles sont les issues possibles sur l'avenir de l'école (fusions éventuelles..) ?

Merci à vous.

Posté par Paulo le 07 novembre 2009 10:22:15

Comment comptez-vous vous "battre" pour obtenir cette excellente solution des vouchers ? Il me semble que cela doit venir du politique, et l'on sait bien que ce thème ne les interesse pas vraiment étant donné la popularité des ESC en France...

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