L'heure du Bac 2009 a sonné !

Que devraient être le lycée et son examen final : l'avis de Jean-François Fiorina, directeur de l'ESC Grenoble

jeudi 18 juin 2009

L'heure du Bac 2009 a sonné !

Avant de parler de cet examen si médiatisé, bref retour sur les 12, 13 et 14 juin. Trois jours qui ont été marqués par le premier festival de géopolitique organisé à l'ESC Grenoble. Malgré la concurrence déloyale du soleil, quelque 400 participants se sont déplacés pour écouter des débats passionnants et complexes. A la lumière de ces échanges, une chose est sûre : il est urgent que les étudiants intègrent la dimension géopolitique dans leur cursus. C'était important, c'est maintenant devenu primordial ! Et le sujet recouvre de tels enjeux qu'on aurait tord de le laisser aux seules officines pilotées par d'anciennes barbouzes... La question me passionne, vous l'avez compris, j'aurai l'occasion d'y revenir plus longuement....

Ce qui me préoccupe aujourd'hui, c'est le baccalauréat.
Véritable institution nationale, il a été créé dans sa version moderne en 1808 par Napoléon Ier. Les Français y sont attachés, il faut la conserver mais sa vocation « universelle » a atteint ses limites. Défendre l'idée que 80% d'une classe d'âge a le « droit » de devenir bachelier est également louable mais elle ouvre la porte, dans sa configuration actuelle, à un certain nombre de dérives et, même, d'effets pervers. Quels sont-ils et comment y remédier ?

Surnoté et creuset d'inégalités...
Affirmer aujourd'hui que la totalité des lycéens aura en trois voire quatre ans leur bac entraîne deux effets pervers : la norme n'est plus l'obtention du diplôme mais celle d'une mention, et son corolaire, la course à la sélection qui multiplie les officines de soutien scolaire. Le bac est surnoté. C'est une évidence que les futurs étudiants découvriront amèrement : à l'université où le premier cycle relève de l'abatage, ou en classes préparatoires qui voient les meilleurs éléments passés quelquefois de 18/20 de moyenne à 2/20 dans les premiers mois... En tant que directeur d'une école de commerce très sélective et parent d'élève, je vis une difficile schizophrénie : recruter les meilleurs étudiants pour le concours d'entrée de l'école dont je suis le responsable, et mettre une pression de plus en plus difficile à supporter sur les épaules des jeunes. Rendre la mention virtuellement « obligatoire » n'autorise, en effet, plus aucune faiblesse, aucune lacune. Le bac construit sur un bilan global qui s'équilibre, au final, n'existe plus. La pression s'accentue, de plus en plus tôt, pour les lycéens qui, du coup, compensent toutes leurs éventuelles faiblesses par des cours particuliers... du moins, ceux qui le peuvent. Entrent en scène les officines de soutien scolaire qui peuplent très densément nos centres villes. J'ai pu dénombrer pas moins de 15 enseignes spécialisées de ce type sur une avenue très passante à Grenoble ! Le système génère ainsi pression psychologique et sélection par l'argent. On est loin de la belle idée d'un bac pour tous !
J'ajouterais que le manque de lisibilité des filières et la sélection par les mathématiques terminent le portrait en demi-teinte de notre belle institution !

Ce que devraient être le lycée et son examen final.
D'abord un lieu d'épanouissement et de développement personnel. Passage de l'adolescence vers l'âge adulte, le lycée se positionne comme LE carrefour avant l'enseignement supérieur qui détermine fortement un parcours de vie. C'est un lieu idéal de réflexion et de choix pour sa propre gouverne, pour donner envie d'être, à la fois, des citoyens et de futurs professionnels épanouis. C'est également le moment d'une information et d'une orientation ouvertes et positives, de VRAIS choix accompagnés par de VRAIS professionnels qui laissent du temps au lycéen et le droit de se tromper, de se « reconvertir » au besoin.

Le lycée doit approfondir et développer les savoirs « quantitatifs », le socle de connaissances communes à tous, c'est un fait. Mais je constate un manque flagrant : le qualitatif. Comme je le répète sans cesse, c'est par le retour d'un véritable enseignement de la culture générale que le baccalauréat regagnera son statut. La « culture gé » est la seule capable de donner le recul et l'analyse indispensables à la compréhension d'un monde de plus en plus complexe. C'est également au lycée qu'il faut développer le sens critique et l'art de communiquer, à ce titre le travail de groupe, par exemple, trop souvent négligé pourrait être développé. La masse des connaissances désormais accessible d'un coup de clic fait que l'élève dépasse quelquefois le maître ! C'est moins le besoin d'accumulation de connaissances que celui d'apprendre à les traiter, à les discuter, à les analyser qui compte aujourd'hui. Donner du sens, toujours et encore.

Pour terminer, parlons de l'examen lui-même. Quelques conseils en vrac... Pensez d'abord à vos correcteurs ! Rédigez vos copies comme vous pourriez proposer un dossier à votre futur patron afin qu'il en tire rapidement l'essentiel de vos idées et propositions ! Faites synthétique, répondez à la question posée, exposez vos propres idées, ne dissertez pas, étonnez vos correcteurs !

Bon Bac à tous !

 

 

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