L'actualité européenne est riche en ce mois de juin : élections au Parlement, 65ème anniversaire du débarquement... je consacre donc ce billet à ce que l'Europe d'aujourd'hui suscite chez nos compatriotes et plus particulièrement chez les plus jeunes d'entre eux que je côtoie quotidiennement.
vendredi 05 juin 2009
Pas facile de vibrer pour l'Europe. Comme pour beaucoup, l'Europe chez les étudiants reste une notion assez abstraite, compliquée, distante, bureaucratique. Même s'ils la vivent assez naturellement par les échanges étudiants devenus si communs avec Erasmus , ou par les voyages « low cost » qui favorisent davantage les week-ends praguois que bordelais, et même s'ils ont appris, un temps donné, dans leur cursus étudiant, ce qu'est l'Europe, a-t-elle pour autant réussi à les séduire ? Non, je ne le crois pas. Comment lui redonner force ?
L'Europe par la pédagogie.
Depuis sa création, personne n'a vraiment expliqué l'Europe. Qui peut parler clairement de son fonctionnement, de sa représentation, du pouvoir de ses différentes institutions, de son impact sur nos vies quotidiennes alors que près de 60% des lois françaises découlent directement des règlements européens ? Quelques spécialistes, certes. La solution passe par une vraie pédagogie, dès l'école primaire ! On a bien fait de l'instruction civique républicaine une priorité, pourquoi ne pas l'étendre à une instruction civique européenne ? Les jeunes générations n'ont pas connu la guerre, l'amitié entre les peuples européens, pour elles, n'est plus perçue comme une conquête fondatrice de l'Europe, c'est un fait, un acquis. Il faut donc leur donner une nouvelle culture générale européenne, et leur communiquer une vision claire de cette aventure collective.
Pour un projet simple et lisible, construit dans la durée.
Souvent comprise comme une somme de contraintes plus que d'opportunités, l'Europe d'aujourd'hui véhicule une réalité réglementaire et une rigidité tatillonne. Si elle était d'abord perçue par les jeunes comme un projet de vie et de société, le pari serait gagné. Pour y parvenir, l'Europe doit se tenir à quelques règles simples qui mettent en place des garde-fous dans les domaines économiques et sociaux et qui garantissent une assistance mutuelle entre ses membres. Une Europe qui facilite plus qu'elle ne contraint, voilà l'objectif.
L'Europe par l'exemple.
Des réalisations, des programmes, des subventions... L'union européenne agit mais ses actes manquent de visibilité. Je suis frappé de voir le montant de certaines subventions attribuées aux entreprises et aux collectivités de notre pays. Des efforts qui passent souvent inaperçus. Nos hommes politiques portent une part de responsabilité importante dans ce désamour, par leur discours très calculé souvent aux dépens de l'Europe. Ils l'ont plus souvent manipulée que valorisée : « Je voudrais bien changer les choses, mais l'Europe me l'interdit... ». Quand tout va mal, « c'est la faute de l'Europe... ». Quand tout va bien, « c'est grâce à moi ». Il nous manque cette génération d'hommes et de femmes politiques d'envergure, ces visionnaires capables de mobiliser les peuples et de nourrir un projet ambitieux comme ce fut le cas des Monnet, Schuman, Adenauer ... La crise financière par son ampleur planétaire aura été pour l'Union européenne l'occasion historique de prendre ce pouvoir, d'assurer le leadership mondial. Une occasion manquée ? Peut-être, mais il n'est pas encore trop tard. Il nous faut une Europe des actes et du verbe !
Jean-François Fiorina, directeur de l'ESC Grenoble
Anne-Laure Oudinot
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