Hugues Poissonnier est enseignant-chercheur à Grenoble Ecole de Management et responsable de la recherche de l'IRIMA.
mardi 03 février 2009
Face à la crise dans laquelle nous sommes maintenant clairement rentrés, les gouvernements rivalisent d'ingéniosité et de plans de relance malgré les appels légitimes à la concertation (de la part du FMI, mais aussi de dirigeants politiques pourtant prompts à justifier par les spécificités de leurs situations des remèdes sur mesure). Si la volonté est clairement exprimée (et souvent appliquée) d'éviter les erreurs du passé, les solutions envisagées demeurent nombreuses et variées. Dans cette cacophonie, la plupart des gouvernements s'accordent sur un point : l'appel au patriotisme de la part des acteurs les plus divers de l'économie. Le ministre espagnol de l'industrie et du tourisme, Miguel Sebastian, vient ainsi de mettre les consommateurs devant leurs responsabilités, expliquant comment le fait que chacun achète pour 150 euros de produits espagnols plutôt qu'étrangers devrait permettre de sauver plusieurs dizaines de milliers d'emplois en Espagne. Les mesures sont parfois plus ciblées. En Algérie, c'est l'industrie pharmaceutique nationale que l'on cherche à protéger en interdisant l'importation de médicaments produits localement, depuis octobre dernier.
La crise que nous traversons apparaît propice au repli sur soi à l'échelle des pays. L'histoire témoigne du retour des vieux réflexes protectionnistes en périodes de difficultés. Elle témoigne aussi des dangers qui leur sont liés. Rappelons simplement ici les impacts de la loi américaine Smooth-Hawley de 1930. Destinée à protéger le marché américain en instituant des droits de douane très élevés, elle fut à l'origine, suite aux mesures de rétorsions des partenaires commerciaux, d'un effondrement du volume des échanges mondiaux de 70 % en quelques mois.
Certes les suggestions proposées aujourd'hui apparaissent moins radicales. Elles n'en sont pas pour autant moins idéologiquement marquées. Surtout, leurs racines s'alimentent à un terreau plus profond que celui de la crise actuelle, témoignant d'une orientation ne s'apparentant en rien à un effet de mode. L'expression "patriotisme économique" est rentrée dans le langage courant en France en 2005. Dominique de Villepin l'utilise alors lors d'une conférence de presse organisée à la suite des rumeurs d'OPA hostile sur Danone et qui déclenchera de vives polémiques. C'est pourtant quelques semaines plus tôt que l'expression fut remise au goût du jour dans le rapport Carayon (son apparition remonte même aux années 1990). Plus récemment, mais avant le début de la crise, Hubert Védrine insistait sur la nécessité d'intégrer davantage de protectionnisme au niveau européen dans son Rapport sur la France et la Mondialisation de septembre 2007. Le patriotisme économique renvoie à toutes les actions accomplies par les acteurs économiques en vue de favoriser les entreprises nationales. Si les consommateurs (en achetant les produits nationaux) ou les entreprises (en évitant les délocalisations, voire en relocalisant) peuvent adopter des comportements relevant du patriotisme économique, les pouvoirs publics apparaissent comme des acteurs majeurs de ces nouvelles pratiques (en empêchant le rachat d'entreprises nationales par des entreprises étrangères notamment).
Bien que le patriotisme économique défensif déployé par les Etats s'accompagne parfois d'une efficacité relative (l'exemple d'Arcelor, finalement racheté par Mittal Steel malgré les manœuvres de l'Etat français en atteste), les Etats, européens notamment, ne renoncent pas à jouer un rôle assez nouveau pour eux en matière économique. C'est notamment, en France, la vocation du Fonds d'investissement stratégique, sorte de fonds souverain à la française, présenté par le Président Sarkozy le 20 novembre dernier (même si ses 20 milliards d'euros de dotation apparaissent dérisoires face aux centaines de milliards de dollars détenus par les fonds souverains des pays émergents, alimentés notamment par les pétrodollars).
Bien plus que la crise actuelle, qui ne fait que renforcer le phénomène, ce sont les effets négatifs locaux de la mondialisation (délocalisations, fermetures de sites, chômage, menaces faites aux régimes de protection sociale,...) qui justifient, pour de nombreux gouvernements, des mesures nouvelles de protection. Tant que les questions de gouvernance de la mondialisation du point de vue politique, commercial ou financier ne trouveront d'autres réponses que celles fournies par l'ONU, l'OMC ou le FMI - organes de gouvernance qui ont le mérite d'exister mais apparaissent bien embryonnaires face aux défis posés -, le patriotisme économique aura sans doute vocation à se développer, bien au-delà de la crise actuelle...
Anne-Laure Oudinot
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Posté par Anne le 11 avril 2009 23:41:53
Bonjour,
Ayant assisté à votre conférence avec David Colle au lycée Henri IV, sur le thème du protectionnisme en temps de crise, j'aimerais savoir quand sera publié sur le site le compte-rendu de cette dernière?
Cordialement,
Anne Phil