Plaidoyer pour un vrai changement de société

Jérôme Barrand, professeur à Grenoble Ecole de Management nous livre son analyse de la crise actuelle et esquisse les changements qu'il convient de mettre en oeuvre pour la dépasser.

 

mardi 20 janvier 2009

Plaidoyer pour un vrai changement de société

 

Ça y est, nous avons enfin pris la pleine mesure des crises financière puis économique qui nous touchent. Ça y est nous allons recevoir des milliards et des milliards, pour les banques puis pour les entreprises, pour y remédier. « Voilà de quoi rétablir la confiance », comme disent tous nos dirigeants.

Et bien pas du tout. Nous avons au contraire le sentiment d'un énorme gâchis pour rien. Explications.

Tout d'abord les crises que nous vivons ne sont pas, comme les précédentes, des crises conjoncturelles d'ajustement de notre système économique : ajustement monétaire, absorption progressive de la mondialisation, réaction à une crise pétrolière, ... Non, l'ampleur, la dimension géographique mondiale et la généralisation sectorielle de ces crises montrent qu'il s'agit d'une crise de structure et non de conjoncture. C'est notre chute du mur de Berlin. Il s'agit donc bien d'une fin de système et non d'un simple ajustement. Rien ne sert alors de manager le changement quand il s'agit de changer le management.

Donc, plutôt que de financer les pertes des banques qui ont « mal joué », finançons le changement de leurs règles du jeu.
Plutôt que de financer les pertes de ceux qui ont « mal joué » en bourse, changeons les règles du jeu boursier.
Plutôt que de financer les pertes des entreprises qui ont « mal joué », finançons leur reconversion stratégique ou managériale.

Nous prenons à dessein l'expression « mal joué » car tel est le cas. Tous ces acteurs ont « joué » avec le système. Ils en ont largement profité pendant des années, sans en faire profiter la collectivité, du moins pas dans les mêmes proportions. Et c'est la collectivité qui devrait maintenant les sauver ! D'accord pour les sauver, mais pas sans un maximum de contreparties :
- que les banques changent leurs dirigeants, leurs systèmes de contrôle, leur mode de « fabrication » de l'argent ;
- que les placements en bourse soient surveillés, plafonnés, imposés autrement pour revaloriser la valeur travail ;
- que les entreprises changent leurs managers, leurs valeurs vers une performance économique, sociale et sociétale et développent des stratégies de pérennité et non de rentabilité à court terme.

Enfin, il nous semble indispensable de changer quelques règles de base de fonctionnement de notre société :
- fini les rémunérations exorbitantes pour les dirigeants salariés, et fini les parachutes dorés ;
- fini les agences de cotation privées et place à des agences publiques travaillant à partir de critères multiples, quantitatifs et qualitatifs, de court terme et de long terme ;
- fini les évaluations purement quantitative dans les entreprises comme à l'école pour faire une large place à la qualité des fonctionnements et des comportements ;
- fini le rente estudiantine qui veut qu'on ne peut faire qu'une belle carrière quand on a fait un effort louable et énorme à vingt ans et place au véritable mérite ;
- fini la pseudo-démocratie qui voit la parole de tous alignée derrière la parole d'un seul ;
- fini la carrière politique et le cumul des mandats et fonctions publiques, pour ne servir que temporairement la collectivité sans risque de corruption ;
- ...

Un nouveau défi s'ouvre à nous, hommes et femmes de gauche ou de droite, car ce vieil enjeu du siècle dernier n'a plus de sens. Ce défi est le seul chantier qui devrait mobiliser tous nos hommes politiques : ne pas promettre le changement pour le changement, ce qui se traduit en général par le renforcement des inerties de notre système, et construire une nouvelle société. Pour cela il faut oser révolutionner le système en profondeur, au risque de léser leurs ceux dont le rêve est de profiter individuellement et non de servir collectivement, ce qui devrait pourtant être le sens de la vie de tout dirigeant.

 

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Vos commentaires

Posté par Eric Pierrel le 25 juin 2009 09:40:21

J'avais bien aimé les cours de Jérôme il y a maintenant qq années et j'aime bien ce billet également.
"Penser système" reste un outil intellectuel très intéressant (c'est grâce à Jérôme que j'avais lu Le Macroscope ...)
Merci donc et au plaisir de continuer à te lire.

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